Retour à     Souvenirs   Accueil

 

 

Des Cévépistes au pays de Pinocchio !

 

Voyage itinérant de BOULAZAC à BIBBIENA (Toscane) - 1 428 km

effectué entre le 21 Juin et le 1er Juillet 2009 par

André THOMASSON et Claude BODO

et un accompagnateur chargé de la logistique : Jacques BAZILLE

assisté pour la surveillance par la petite chienne  ROXANE.

 

 

 

Nous adressons nos sincères remerciements à :

Culture Vélo pour leur don de maillots blancs et bleus visibles sur certaines photos,

Bernard Lécuyer et Gérard Simon pour leurs sages conseils,

ainsi que tous les amis qui nous ont encouragé au départ et tout au long du voyage.

A titre personnel le rédacteur remercie également :

Claude Galand et Solange Faure qui lui ont aimablement prêté les maillots CVP qu’il porte au départ (manches longues) et à l’arrivée à Bibbiena (manches courtes),

ainsi que Augustin Viaud dont la sacoche de selle lui a été d’un précieux usage.

 

Le projet

 

Il « mijotait » dans nos têtes depuis 2006, après avoir découvert que des cyclos bergeracois étaient partis en 2003 à Faenza, ville d’Italie jumelée avec Bergerac. Nous avons consulté les Bergeracois. Ils avaient organisé leur parcours avec le soutien d’un club cyclotouriste et d’un Comité de jumelage, de nombreux « sponsors » et pas mal d’argent (19.000 €) pour  un groupe de 19 cyclistes et 9 accompagnateurs.

Pour nous, amateurs de cyclotourisme et adhérents du Comité de jumelage Boulazac-Bibbiena, André Thomasson (alias Dédé) et moi-même, Claude Bodo, rejoindre Bibbiena à vélo semblait un projet naturel. La distance (1 300 à 1 400 km , selon l’itinéraire choisi), devait pouvoir se couvrir en une dizaine d’étapes. Accompagnés d’un petit groupe bien entraîné, cela n’en serait que plus facile. Encore fallait réunir les conditions de l’opération. Notre projet présenté au Comité de jumelage, ne souleva hélas guère d’écho. Mais pour nous, l’idée n’était pas tombée aux oubliettes.

Pour ma part, j’avais imaginé plusieurs itinéraires basés sur des critères différents (le chemin le plus court, le dénivelé minimal, l’intérêt touristique, etc.) puis recherché des sites d’hébergement et fixé des étapes en conséquence.

De son côté, Dédé, qui s’était affilié au Club Vélocio Périgourdin (CVP), ou j’ai fini par le rejoindre, participait à des sorties organisés par le club, aux " Semaines Fédérales " de la FFCT , et à bien d’autres randonnées de longue haleine telles " Rétina ", ou il découvrait la pratique du tandem. Il s’y faisait beaucoup d’amis parmi les cyclos, y compris étrangers, et parcourait diverses régions de France avec leurs routes et leur relief. Il revint donc de ces « escapades » avec quelques idées sur l’itinéraire à emprunter pour notre projet, et surtout, début 2009, avec une offre très intéressante de Jacques Bazille (secrétaire du CVP) qui proposait de nous accompagner avec son camping-car.

Effacés les problèmes d’hébergement, souplesse pour le choix des étapes et des itinéraires, tout devenait plus simple. Sans hésiter, nous avons opté pour cette formule, en choisissant toutefois de faire étape sur des aires de camping équipées (douches et sanitaires).

Pour toutes ces raisons, tant l’itinéraire que la date de départ, ou le nombre d’étapes (10 ou 11 déterminé à cause de notre âge : 66 ans pour Dédé et 69 pour moi-même, et le fait que nous ne soyons que 2 à rouler à vélo), n’ont étés fixés que vers la fin du mois de mai 2009, pour un départ fin juin. Ceci nous laissait malheureusement peu de temps pour établir par avance un inventaire des sites touristiques à voir.

Sachant d’autre part que la municipalité de Boulazac souhaitait fêter les 20 ans d’existence de son jumelage avec Bibbiena, à la fin août 2009 en présence de nombreux amis italiens, nous avons proposé à Monsieur le Maire de nous " charger d’une ambassade " auprès de Danièle Barberini, nouveau maire de Bibbiena, et de Yvo Galastri, président des   « jumeleurs » italiens , avec mission de leur remettre en main propre des invitations pour venir assister aux festivités prévues. Enthousiasmé par cette idée, Jacques Auzou, le maire, fit d’ailleurs aussitôt organiser peu avant notre départ une «  conférence de presse » pour présenter notre projet, annoncer les festivités prévues pour l’anniversaire et nous remettre les lettres d’invitation signées de sa main.

Et nous voilà partis pour tenter l’aventure.

 

L’objectif à atteindre… Bibbiena

Dimanche 21 juin 2009 (jour du départ), Agora Boulazac, 8 h 45.

 

André Thomasson (alias Dédé), que j’appelle aussi « le tandémiste », est déjà là. Il s’échauffe sur son « Lapierre » rutilant. J’arrive sur  mon fidèle « Bianchi » beaucoup plus ancien mais, sur les conseils de Gérard, récemment équipé en 3 plateaux (52,42,32) par les soins de Dédé. Jacques Bazille promu logisticien, photographe, soigneur, « coach » au besoin et avant tout : logeur, cuisinier et « ange gardien », arrive à son tour, au volant de son camping-car astiqué et révisé de frais.

A notre grande joie, quelques amis sincères du Comité de Jumelage, enthousiasmés par le projet, sont là : Jacques (ancien président), son épouse Francine ainsi que Jacqueline. Leurs sourires et leur bonne humeur nous donnent du courage. Il y a également des amis cyclistes du CVP qui savent ce que randonner à vélo veut dire : Bernard Lécuyer et Eliane son épouse, ainsi que François, un ami, fidèle à la parole donnée.

Stéphane Ceccato, l’actuel président du Comité de jumelage qui nous avait accompagné chez le maire et était  présent lors de la conférence de presse, n’est pas là. De même les deux amateurs de vélo, membres du jumelage, qui avaient mani-festé leur regret de ne pouvoir prendre la route avec nous, mais avaient promis de venir nous faire un brin de conduite.

Tant pis. Le temps de faire quelques photos souvenir et à 9 h 15, c’est le départ pour la première étape.

      

Ils étaient au départ

Bernard donne la cadence

C’est parti pour une longue route à deux.

 

1ère étape, Boulazac (Dordogne) - Flagnac (Aveyron), 178 km.

 

Temps frais et beau. Nos trois amis cyclos nous assurent un excellent train d’échauffement rythmé par Bernard. Ils nous accompagnent ainsi jusqu’à St-Félix-de-Reilhac, puis ils nous souhaitent bon vent et nous continuons sans eux. Tout va pour le mieux, Dédé caracole loin devant moi quand soudain un incident va perturber ma descente vers Sarlat. La fixation du petit pupitre transparent que j’avais installé sur mon guidon pour afficher l’itinéraire, a lâché. Mes feuilles de route s’envolent sur la route. Je ramasse le tout en hâte, et je rejoins Dédé arrêté près du camping-car de Jacques, à l’entrée de la ville. Jacques propose immédiatement plein d’idées pour réparer mon système. Il le fera d’ailleurs de façon parfaite quelques jours plus tard, et ça tiendra jusqu’au bout. Il est près de midi et nous n’avons parcouru que 64 km. Nous roulerons donc jusqu’à 13 h 00 avant de déjeuner. Une vingtaine de kilomètres plus loin, le camping-car nous attend à l’ombre.

Formidable, tel une véritable fée du logis, Jacques a déjà tout préparé. La table est mise, l’eau fraîche, le repas appétissant, comment résister à cela ? On avait prévu une demi-heure d’arrêt. Une heure plus tard, les paupières sont lourdes dans l’air chaud. Il faut pourtant repartir, la route est encore longue jusqu’à Flagnac.

Depuis le Vigan, 95ème km, la route est vallonnée et le sera jusqu’au bout. Bien que très entraîné, Dédé souffre un peu d’avoir beaucoup roulé en tandem ces temps derniers et effectué peu de sorties de « fond » sur son propre vélo. Les multiples « talus » rencontrés entre Peyrebrune et Séniergues pèsent dans les jambes, en particulier un petit « raidar » à 11.% à la sortie de Figeac. Plus loin, après 150 km, la D 802, bien que plate, offre un revêtement qui secoue beaucoup pour des fesses sensibles. Dédé marmonne « on ne devait pas prendre cette route-là ! » Mais comme il est assez loin derrière moi, je ne l’entends pas. Les derniers km jusqu’à Montredon, très vallonnés, nous paraissent bien longs. Enfin vers 18.h 30, au bas d’une descente étroite et sinueuse, nous entrons dans Port-de-Grèze, à 3 km de Flagnac. Jacques nous y attend à un carrefour. Il est en grande discussion avec trois courageux vététistes , « quadras/quinquas ? », chargés comme des baudets. Partis de Sarlat le matin même, ils sont à présent à la recherche d’un toit pour la nuit. Après quelques échanges sur nos périples respectifs, nous nous séparons.

Le camping que nous cherchons est ouvert, on a le choix des emplacements et il y a même du pain (au grand soulagement de Dédé). Après 180 km au compteur à 22,8 km/h de moyenne, la douche est bienvenue, l’apéro encore plus, et la paella mijotée par Jacques  engloutie avec délice. Les appels téléphoniques et les SMS d’encouragement arrivent en grand nombre sur les portables. Le temps de mettre un peu de « désordre » dans le camping-car, il est bientôt minuit. Demain sera un nouveau jour !

 

Lundi 22 juin, 2ème étape : Flagnac - Mende (Lozère), annoncée pour 142 km.

 

Branle-bas de combat dans le camping-car vers 6 h 30 ! Réveil un peu brutal pour Jacques et sa petite chienne Roxane, qui ne le quitte pas d’un pouce. Ils ne sont du matin ni l’un, ni l’autre, mais n’écoutant que leur bon cœur, ils démontent leur lit, car il faut libérer la place pour monter la table, et nourrir les « cyclistes ». Encore une fois Jacques fait preuve d’une redoutable efficacité. Pendant que nous « farfouillons dans nos sacs » à la recherche de nos affaires, arrivent sur la table parfaitement agencée : jus de fruits, céréales, lait ou café chauds, confiture, beurre, petits pains et même kiwis dûment épluchés et présentés. Et il en sera ainsi jusqu’au retour.

Le « tandémiste » a les cuisses un peu douloureuses ce matin. Ne pas oublier les gouttes pour les yeux, et la pommade pour le reste…! Pour ma part, si ce n’est le fait que je ne suis pas toujours souriant à cette heure, le reste va bien. Vers 9 h 30, c’est le départ. Jacques nous rejoindra un peu plus tard. Surprise, après quelques kilomètres, dans une légère montée, nous retrouvons nos 3 « vététistes » d’hier qui se rendent à Conques. Ils souhaitent voir au passage La Vierge du Roucan. Nous échangeons quelques propos, leur souhaitons bonne route et les abandonnons avec leurs lourdes charges. Un peu plus loin, nous traversons le carrefour ou nos routes se séparent. Vu la déclivité de celle qu’ils vont prendre, nous avons une pensée émue à leur égard. Notre chemin remonte le cours du Lot par une agréable petite route ombragée, en faux plat. Après environ 40 km, nous entrons dans Entraygues en  franchissant le Lot sur un joli pont ancien et à sens unique. Nous voulons trouver la D 42 en direction de Laguiole. Un aimable cyclo venu d’Aurillac, nous renseigne et nous propose même plusieurs itinéraires. Mais nous tenons à la D 42. Elle se dévoile brutalement sur notre gauche, sous la forme d’une rue en pente raide qui se poursuit par une route montante, étroite et sinueuse au revêtement « pas terrible » et au pourcentage non négligeable. Il y en a pour plus de 10 km. Dédé peine un peu, mais grimpe vaillamment, à son rythme. Je l’aperçois par moments dans les lacets en dessous. Jacques nous rejoint, nous encourage et nous attend en haut.

Le château du Bousquet

Arrivés au sommet, le fond de l’air s’est fortement rafraîchi et le vent est sensible. La route très vallonnée offre de beaux points de vue (le château du Bousquet datant du XIVème mais également quelques « talus » assez raides). Notre route nous conduira après 68 km jusqu’à Laguiole (altitude 1004 m). Là, en attendant l’arrivée de Dédé qui s’est arrêté pour faire des photos, Jacques prépare le déjeuner et j’en profite pour appeler mon épouse. Elle trouve que nous n’avons pas fait beaucoup de chemin depuis Boulazac, mais je ne suis pas de son avis.

 

Les belles de l’Aubrac

Il est 13 h 30. Le repas, servi comme en 1ère classe, est le bienvenu. Mais, une heure plus tard, au moment de repartir, un petit découragement saisit Dédé, qui parlera même de ne pas remonter sur son vélo, pour cette étape ! On repart tout de même en empruntant une longue montée vers Saint-Urcize et l’Aubrac. Sur le plateau, des rafales de vent glacé en dépit du grand soleil nous cueillent de face et nous chahutent beaucoup. Heureusement, la route qui ondule entre les maigres pâturages semés de gros rochers, les burons, les belles vaches « Aubrac », et les troupeaux de moutons et de chèvres, nous offrent un spectacle pittoresque, à la fois sauvage et beau, qui nous réjouit. Passé Nasbinals, ça continue, c’est dur jusqu’au 120ème km environ. Et là, une récompense s’offre à nous. Une somptueuse descente de plus de 10 km, large et parfaitement revêtue, ou l’on plonge avec délice à plus de 60 km/h, jusqu’à Marvejols.

A Marvejols, nous pensons retrouver sans difficultés la D 42 (décidément !) qui devrait  nous conduire, tranquillement et sans trafic, vers Mende. Panneau directionnel loupé à l’entrée de la ville ou mystère des changements de numérotation ? Nous, les cyclistes, ne  trouvons  pas cette route !

Echanges d’appels au portable. Jacques derrière nous, après plusieurs arrêts pour se renseigner, a fini par trouver cette route D 42, et l’a suivie. Elle porte à présent le numéro D.1, je crois. De notre côté, nous rejoindrons Mende par la N 108 via le Col de Vielbougue, 866 m (sans grosses difficultés), puis ensuite par la N 88 mais avec beaucoup de circulation et un violent vent de face qui nous fait courber l’échine. Jacques nous attend à l’entrée de Mende. Nous y parvenons à bientôt 19 heures.

Plus tard, Jacques nous expliquera que nous avons eu finalement de la chance, car cette fameuse D 42/D 1 qui est terriblement défoncée, présente en plus, à plusieurs reprises, des montées « démentes », qu’il a dû parfois négocier en première avec le camping-car. La chance est avec nous, ajoute-t-il, car il sait que quelqu’un qui lui veut beaucoup de bien, veille de loin sur notre voyage. Nous rejoignons enfin le camping prévu, après une rude journée et 159 km au compteur (moy. 19,7 km/h). Le vent soufflera violemment toute la nuit.

Demain il faut  continuer.

 

Mardi 23 juin, 3ème étape : ça devait être Mende - Rochegude (Drôme) 170 km, ce sera en fait Mende - Saint-Julien-de-Peyrolas (Gard), 148 km.

 

Ce matin, nous sommes plutôt en avance par rapport aux autres jours. Après un petit déjeuner très complet comme à l’ordinaire, le départ a lieu vers 9 heures. Le vent qui s’était calmé en fin de nuit a repris avec vigueur. Une fois les rues en périphérie de Mende franchies, la D 901 s’élève tranquillement vers Saint-Jean-du-Bleymard. Aujourd’hui, 2 cols sont au programme, dont le 1er , celui de Tribes (1130 m) à 34 km du départ. Dédé se plaint encore du mal aux jambes, sans pouvoir réellement en déterminer les raisons ? Nous en sommes au troisième jour, réputé plus difficile, mais ces douleurs vivaces nous étonnent un peu. Après Villefort, nous nous acheminons « gaillardement » vers le col du Mas de l’Ayre (846m). L’obstacle est franchi avec courage et détermination. Au sommet, 66 km sont accomplis et il est près de 13 heures.

 

Pour moi, c’est le 1er de l’année. Pour Dédé, seulement un de plus.

Bof… facile celui-là !

 

Les cigales chantent à tue-tête, il fait chaud, le lieu agréable est bordé d’une forêt de pins. Nous nous arrêtons pour déjeuner. Jacques, fidèle à son habitude, fait le nécessaire en un  tournemain, et nous voici requinqués pour la suite du parcours.

Nous repartons sans tarder. Excepté une côte sévère de 5 ou 6 km entre La Croisée-de-Jalès et Bessas sur la D 202, ça roule bon train jusqu’à Barjac. Mais ça va se gâter !

D’abord du côté de Saint-Privat-de-Champclos, dans une descente rapide au revêtement « pourri », Dédé manque de chuter suite à la rupture d’un rayon de sa roue arrière. Jacques qui est devant nous, aussitôt prévenu, fait demi-tour. Nous sommes à environ 20 km de Saint-Julien-de-Peyrolas (lieu éventuel d’étape, noté dans le « road-book »). Jacques nous a rejoint. Sans y regarder de près, j’imagine que la réparation sur place ne sera pas possible, et après un petit signe à Dédé, je reprends la route en pensant : «  ils me rattraperont bien assez vite », tout guilleret à l’idée de m’offrir une petite partie de « manivelles ». Mauvaise pioche ! A peine ai-je couvert une dizaine de kilomètres, alors que je prends un malin plaisir à enchaîner les virages d’une agréable petite montée, voici que brusquement ma pédale de gauche et sa manivelle se retrouvent suspendues sous la cale de ma chaussure. J’ai tout simplement perdu le boulon de fixation de la manivelle à l’axe de pédalier. En presque 40 années de vélo, je n’avais encore jamais vu cela ! La chute est évitée de justesse, et me voilà orphelin au bord de la route. Appel à notre « ange gardien » qui arrive quelques minutes plus tard. A ma surprise, Dédé n’est pas avec lui. Le bougre a réparé et continue à vélo. Dans mon cas, ce ne sera hélas pas possible. Le temps d’arrimer mon vélo sur le camping-car et Dédé est là. Il jette un coup d’œil en professionnel de la mécanique, fait la moue et poursuit sa route. Rendez-vous à Saint-Julien. Jacques et moi refaisons plusieurs kilomètres en arrière dans l’espoir insensé d’apercevoir le fameux boulon sur la route. Cela fera tout de même beaucoup  de temps perdu.

Comme convenu, Dédé nous attend au carrefour de la route qui monte à Saint-Julien-de-Peyrolas. Il est allé là-haut et il est redescendu car le terrain de camping que nous avions noté est en bas, un peu plus loin. Par chance, on lui a aussi indiqué l’adresse d’un vélociste à l’entrée de Pont-Saint-Esprit, à 8 km de là. Il est trop tard pour y aller ce soir, mais nous avons bon espoir de pouvoir réparer demain matin. Nous dormirons ici. Nous avons tout de même franchi 148 km (20,1 km/h de moyenne).

Sur les conseils avisés de Bernard Lécuyer, Jacques s’est procuré du Synthol. Ce soir nous nous en frictionnons les jambes. Dédé cherche toujours l’origine de ses courbatures et se préoccupe à nouveau de la hauteur de sa selle qu’il avait modifiée avant de partir. Après une bonne douche, suivie pour ce qui concerne Dédé, par une petite lessive qui se termine par un passage du vêtement dans une essoreuse à salade (demandez lui, il vous expliquera), et pendant que Jacques toujours aussi vaillant, s’active pour préparer le repas, nous nous requinquons à l’aide d’un solide apéro, afin de retrouver un moral de gagneurs.

 

Mercredi 24 juin, 4ème étape :

Saint-Julien-de-Peyrolas (Gard) - Orpierre (Htes-Alpes), 129 km.

 

Sitôt les petites routines du matin accomplies, petit déjeuner somptueux compris, c’est le départ. A vélo pour Dédé. En camping-car pour moi-même car, mécanique oblige, je suis passager jusqu’à Pont-Saint-Esprit, à 8 km de là. Le vélociste annoncé est trouvé sans tarder et un boulon neuf monté aussitôt (au  « Loctite », plus aucun risque de le perdre), sans même décharger le vélo du camping-car. C’est terminé avant même l’arrivée de Dédé. Durée de la réparation : 2 minutes. C’est beaucoup moins de temps qu’il ne faudra à Dédé pour acheter 6 rayons de secours pour son Lapierre, tout en bavardant un peu avec l’aimable vélociste.

Nous franchissons le pont sur le Rhône, direction Mondragon. La journée s’annonce belle et sans vent. 33 km sont franchis et voici Rochegude, puis Sainte-Cécile-les-Vignes. Tiens, des coteaux et de petits vignobles haut perchés ! Notre « blaireau » (dans le club, c’est un surnom que certains donnent aussi quelquefois à Dédé), traîne encore un peu derrière. Le soleil chauffe, les cigales sont en pleine forme, moi je retrouve avec délice les odeurs de « ma Provence », cela me stimule. A Cairanne, Jacques ne nous a toujours pas rattrapés. Ici on a le choix. J’aurais aimé passer par Carpentras ou j’ai des parents que je n’ai pas vus depuis longtemps, mais hier soir on en a décidé autrement. Dommage, on ne passera pas par le Ventoux. A Rasteau, Jacques n’est toujours pas en vue, mais grâce au téléphone et au GPS, nous le retrouverons à l’entrée de Vaison-la-Romaine. Il s’est  attardé pour acheter des fruits, puis du pain chez une charmante boulangère à « l’assent » chantant. Le « géant de Provence » nous apparaît dans toute sa majesté. On s’arrête pour déjeuner.

Au cours du repas que Jacques, notre « homme Protée », nous a prestement concocté, le « tandémiste » se pose quelques questions pour la suite du parcours. Il est entendu que nous ne tenterons pas le Ventoux , mais une fois rendu à Saint-Auban-sur-Ouvèze, prendrons-nous le col du Perty ou la route de Mévouillon, pour nous diriger vers les Hautes-Alpes ?

A Saint-Auban-sur-Ouvèze, j’ai quelques minutes d’avance sur Dédé. Jacques arrive peu après moi, me signale qu’il est à court de carburant, et renseignements pris, décide de repartir en arrière vers Buis-les-Baronnies, pour s’approvisionner. Dédé arrive peu après et nous choisissons le Perty. Jacques est aussitôt prévenu par téléphone. Et c’est bientôt l’ascension du col (9 km, sommet à 1302 m). La pente est régulière mais la route « rend mal », c’est long. Je monte à ma main sans trop m’inquiéter pour Dédé dont je connais la détermination. Une fois en haut, j’attends sans impatience, certain que tout le monde ne va pas tarder à arriver. Après un quart d’heure passé à admirer le paysage, ou à bavarder avec les touristes qui arrêtent leur voiture, je cherche un coin ou le signal téléphonique passe, pour  appeler Jacques. Soucieux que je suis de ne pas perturber Dédé dans son ascension.

 

Heureusement, il fait chaud,

et puis j’avais mon coupe-vent…

Détermination, dites-vous… ?

 

Jacques m’informe qu’il a un peu attendu Dédé, que celui progresse vaillamment la tête rentrée dans les épaules comme à son habitude, et que lui-même ne va pas tarder à me rejoindre. Au bout de 30 minutes, nous sommes enfin réunis pour faire une photo. Heureusement, il fait beau et chaud, et puis j’avais mon coupe vent. Dédé grommelle un peu, se plaint de douleurs et indique qu’il s’est arrêté en route pour faire quelques  photos.

La descente est rapide, sinueuse et difficile jusqu’à Laborel. Jacques s’y arrête pour acheter du pain et faire tamponner nos cartes FFCT, comme il l’a fait et le fera jusqu’au bout du parcours. Sur les 10 km qui conduisent à Orpierre, la route est beaucoup plus rectiligne. Dédé file comme le vent, j’ai de la peine à suivre.

A l’entrée d’Orpierre, un coup de téléphone pour trouver le camping UCPA. Après 129 km et une petite moyenne de 17,8 km/h, nous trouvons un site accueillant et une hôtesse qui ne l’est pas moins. Ce soir, nous avons un peu de temps devant nous. Nouveau réglage de selle pour le Lapierre, douche, Synthol, puis nous observons le coucher de soleil sur les sommets qui nous font face, dans l’espoir d’apercevoir quelque chamois. Repas réconfortant, examen des cartes et discussion pour préparer les étapes suivantes. La soirée avance vite et nous nous endormons au son des « clarines » qui résonnent dans la vallée.

 

Jeudi 25 juin, 5ème étape :

Orpierre (Htes-Alpes) - Barcelonnette (Alpes-de-Hte-Provence), 108 km

 

Ce matin pour ne pas changer, le départ est tardif : 9 h 30. La  journée s’annonce belle et sans vent et puis j’ai d’autres motifs de me réjouir : Dédé n’a plus mal aux jambes (la hauteur de selle devait bien être en cause !) et d’ici quelques kilomètres, on roulera dans « mon département d’origine », les Alpes-de-Haute-Provence. Manosque, le pays de Giono, ou j’ai vécu mon enfance jusqu’à 19 ans n’est qu’à quelques encablures au sud .

Direction Laragne-Montéglin. Heureusement qu’il fait chaud car les généreux arrosages rotatifs des vergers qui bordent la route n’épargnent pas les cyclistes. Après Ventavon, afin d’éviter aussi longtemps que possible le trafic de la grande route vers Barcelonnette, nous traversons la Durance pour remonter sur sa rive gauche, via la D 4. Dédé a même repéré hier soir, sur sa carte, le moyen de poursuivre cet avantage via une certaine D.56 ou D 456 ? Dès la Durance franchie, nous devrions, selon mon « road book »,  passer à Claret. Mais , au croisement avec la D 4, de toute évidence, il faut aller vers la gauche alors que Claret se trouve à droite. Il ne faut donc pas traverser ce village. Par téléphone  nous prévenons Jacques qui est resté en arrière afin de lui éviter cette erreur (*), et nous nous engageons sur la D4.

Cette route prend un malin plaisir à faire le « yo-yo » entre le niveau de la rivière et celui des coteaux voisins. Après plus de 20 km de ce « jeu », qui lasse tout de même un peu, nous nous étonnons que Jacques ne nous ait pas rejoint. Nouveaux échanges téléphoniques. Inquiétude inutile, le voici qui arrive. Bref arrêt pour faire le point. Il doit faire quelques emplettes pour le déjeuner, nous repartons donc sans l’attendre. Quelques kilomètres plus loin, à un carrefour. La route qui continue en face semble prendre une mauvaise direction, mais nous  n’avons pas de carte pour le vérifier. Dilemme ? Comme nous savons qu’il faudra  bientôt retraverser la Durance, nous décidons de plonger sur la gauche en direction de celle-ci. Jacques arrive à ce moment, nous lui faisons signe, il nous dépasse et s’engage vivement dans la rapide descente. Et là, il est brusquement saisi d’une grosse angoisse ! En bas, le pont suspendu est à une seule voie et les deux arches qui supportent les câbles sont tellement étroites qu’il a le sentiment très vif que le camping-car ne pourra pas passer. De plus, à l’autre extrémité du pont, la route minuscule qui part à angle droit, remonte vertigineusement. Suspense ? En fait, il passera mais avec quelques centimètres de chaque côté seulement. Ouf ! Pour couronner le tout, la montée débouche brutalement sans aucune visibilité, sur une route à fort trafic que nous avons du mal à identifier en dépit du GPS. Nous sommes un peu désorientés. Cette succession de situations désagréables, ainsi qu’un avis divergeant d’avec celui de Dédé à propos de la direction à prendre, irritent un peu  notre « accompagnateur », d’ordinaire si aimable. Je préfère rester sur une prudente réserve.

Nous rejoignons enfin la nationale. Il est plus de 13 h 30 quand nous faisons halte pour déjeuner sur une aire poussiéreuse à la sortie d’Espinasses.

Le repas a calmé les esprits mais également notre ardeur à pédaler. Lorsque peu avant 15 heures, en pleine chaleur, une fois la Durance retraversée, nous prenons la route qui s’élève rapidement au dessus du lac de Serre-Ponçon, c’est avec beaucoup de camions, mais avec peu d’entrain.

 

Vue du lac de Serre-Ponçon

Les longues lignes droites en faux plat à 2 ou 3 % qui conduisent vers Barcelonnette, sont usantes. Quand je me retourne, je ne vois plus Dédé derrière moi. Je sais qu’il roule à sa main, et qu’il en profite pour observer le paysage. Il me signale souvent des détails que je n’ai pas vus. C’est lui qui doit avoir raison. Mais je prends tellement de plaisir à garder un certain rythme, que j’y trouve mon compte. J’arrive donc seul à Barcelonnette, vers 17 h 00. Par téléphone, Jacques m’informe que Dédé n’est pas loin et je m’installe à la terrasse d’un café, sur la place de l’Hôtel de Ville, en les attendant. Les voilà. Le temps de déguster une bière fraîche et de faire tamponner les cartes, et nous rejoignons sur la route de Pra-Loup, le camping « Tampico » (réminiscence des séjours des habitants de la vallée de l’Ubaye au Mexique…). Quelques lourds nuages couronnent les sommets, espérons que demain le temps sera clément sur les Alpes.

 

La vallée de l’Ubaye

Après la douche, nous réfléchissons à l’étape suivante. Avec regret nous ne passerons pas par le col de La Bonette. En effet, le trajet vers Cunéo présente 60 km de plus que par le col de Larche, et l’ascension qui est longue nous retarderait de plusieurs heures, alors que nous savons que des cyclotouristes italiens amis de Dédé nous attendent tôt dans l’après midi à Vinadio.

Par ailleurs, la suite du parcours italien, au-delà de Cunéo, me préoccupe un peu. Contrairement à ce que j’ai fait pour la partie française, je n’ai pas eu le temps de préparer un « road book ». D’autre part, j’ai omis d’emporter le tracé que j’avais fait sur des photocopies de la carte. Nous disposons seulement des « feuilles de route » Michelin que Jacques a tiré (sur Internet) à partir de mon tracé mais elles sont peu adaptées pour un usage à vélo (format 21 x 29,7) et elles n’ont pas été contrôlées. Enfin, nous n’avons qu’un exemplaire des cartes d’Italie au 1/400 000ème, et celui-ci doit rester à la disposition de Jacques. Il faut en effet qu’il puisse nous retrouver, quoi qu’il arrive. Son récepteur GPS pourrait être mis en défaut, la signalisation sur les routes secondaires en Italie obéit à une logique assez différente de celle que nous connaissons, et Jacques seul à bord de son véhicule ne parle pas un mot d’italien. Les difficultés d’orientation risquent de se multiplier. En plus, pour ce qui concerne les lieux de camping, le guide officiel est moins détaillé que pour la France. Il devient donc beaucoup plus important que pour les précédentes étapes de visualiser ensemble, chaque soir, sur la carte, la route du lendemain. Le coucher n’en sera que plus tardif !

Soulignons à ce propos une fois encore,  l’extrême disponibilité de Jacques, aussi bien sur la route que pour les repas. Lui qui aime bien dormir est à présent obligé d’attendre souvent minuit pour faire son lit. Notons aussi une belle initiative de Dédé. Chaque soir,  une fois l’itinéraire pointé sur la carte, il en fait des photographies (secteur par secteur), avec son numérique. Sur la route, à défaut de carte, ces images agrandies au maximum nous aideront à retrouver le bon chemin.

Quel boulot ! Demain on passe la montagne !

 

Vendredi 26 juin, 6ème étape :

Barcelonnette (Alpes-de-Hte-Provence) - Cunéo (Coni) Italie (Piémont), 103 km

 

Aujourd’hui est un jour particulier et nous nous sommes levés tôt ! Mais, 5 étapes ont bien entamé les stocks de nourriture. Il nous semble judicieux de faire des provisions avant de franchir la frontière, donc direction le Casino de Barcelonnette. Toutefois, en matière de « bouffe » il faut s’attendre à tout, et un rayon pouvant en cacher un autre, nous ne sortirons du magasin que peu avant 10 heures, pour prendre la route.

Sur ce versant-ci des Alpes, le temps est ensoleillé. Direction Jausiers et le Col de Larche. Bernard Lécuyer nous avait prévenus, ce col est interdit aux cyclistes sur plusieurs kilomètres, en raison des chutes de pierres. Effectivement, dès le pied du col, nous sommes apostrophés par des gendarmes qui nous rappellent l’interdiction. Nous mentons effrontément en assurant que Jacques nous attend avec son camping-car un peu plus haut pour traverser la zone dangereuse. Les « pandores » ne sont pas dupes, mais nous laissent passer. En réalité, Jacques qui est resté un peu en arrière comme d’habitude au départ du matin, et qui ne savait rien sur les chutes de pierres, ne verra même pas les panneaux d’information ! Il nous rejoindra au cours de l’ascension, (effectivement pas très difficile, comme nous l’avait  indiqué Bernard), fera quelques photos et nous attendra en haut.

 

En haut du col, la neige n’est pas loin

mais on a chaud quand même

Avec le cyclosportif

(Ce n’est pas Clemente… mais !)

 

Ce col est tout de même à 1991 mètres. Il y fait frais et il tombe même un peu de grésil. Nous remettons nos coupe-vent.  Un cyclosportif français, s’arrête pour bavarder. Ce jeune gendarme se porte à la rencontre d’un groupe de cyclistes d’une association italienne  « Eros Poli » (qui soutient la recherche sur la mucoviscidose). Il nous invite à effectuer avec lui la descente vers l’Italie mais il est presque 13 heures, nous déclinons l’invitation car nous  préférons déjeuner sur place. Nous aurions pourtant mieux fait de l’accompagner car, après 14 heures, au cours de la descente, l’orage nous a rejoint, et nous avons droit à une bonne « rincée » à l’eau glacée. Ce fut heureusement la seule de tout notre voyage !

 

Dans ce coin, Jacques a entendu siffler

les marmottes pour la première fois

 

A Vinadio, Clemente Raymondi (mince, bronzé, bandana sous le casque, beau maillot, équipé comme un pro…) nous attend, comme convenu. Il patiente là depuis plusieurs heures, mais il ne va pas tarder à se défouler, en nous entraînant à près de 40 km/h jusqu’à Borgo San Dalmazzo (banlieue de Cunéo), à une trentaine de kilomètres de là. Quel âge a-t-il ? 74 ans ! Je ne sais pas si tous les cyclos italiens seniors soignent autant la forme que lui, mais j’ai noté qu’ils prennent tous grand soin de leur « look » (et je ne parle pas que du vélo).

A l’issue de cette folle équipée, nous rejoignons son fils Roberto qui nous attend dans une belle confiserie et nous offre du gâteau aux noisettes et des « caffe italiano » en évoquant évidemment des histoires de vélo. Jacques découvre à la fois l’Italie et la langue italienne, avec un plaisir non dissimulé. Dédé toujours à l’affût de nouveaux mots dans cette langue, retiendra celui de « vigneti » (pluriel du mot vigneto, en français :vignoble) auquel il fera souvent référence par la suite, pour des raisons que vous comprendrez vite.

Les meilleures choses ont une fin. L’après midi s’achève, Clemente doit  nous quitter pour regagner son domicile à Dronero (à 25 km de là), et Roberto en voiture s’efforce de nous guider jusqu’au camping (Jacques en camping-car, et nous a vélo), à travers la circulation « ébouriffante » des abords de Cunéo à 19 heures. Nous y parvenons, après quelques péripéties. Ce camping est quasiment en ville. Il semble constituer la résidence d’été de certaines familles de Cunéo, tant la vie y paraît organisée comme à la maison !

Nous avons couvert 103 km depuis Barcelonnette (moyenne de 22 km/h).

Demain, découverte des  routes piémontaises, à vélo pour la première fois.

 

Samedi 27 juin, 7ème étape dans le Piémont italien :Cuneo - Alessandria, 121 km

 

Réveil 6 h 45 mais après les préparatifs habituels, il faut encore regarder de près l’itinéraire à suivre. Finalement nous partirons assez tard. Par prudence nous choisissons de traverser la ville de Cunéo en camping-car. Bonne idée. Le trajet se révèle relativement  compliqué et nous parcourrons ainsi 8 ou 9 km avant d’en sortir.

Les « bécanes » enfin enfourchées, nous rejoignons la P 564 (P comme Provinciale) puis la P 422 en direction de Trucchi, Morozzo, etc. Nous trouvons une route rapide, avec peu de circulation, en légère descente et un vent favorable qui nous propulse sans effort à 28/30 km/h, cela durera jusqu’à Carrù avant la traversée du Tanaro. De l’autre côté, la route remonte sur les collines. Entre Farigliano et Dogliani, une montée de 9 km dont la moyenne oscille entre 7 et 10 %, calme sérieusement notre ardeur. Ces coteaux sont propices au vignoble Barolo. Les voilà les fameux « vigneti » dont nous parlait Clemente ! Après Dogliani, nous avons un peu perdu l’itinéraire prévu. Nous faisons le point et repartons. Montées et descentes se succèdent. Sissone, Cerreto, Langhe, nous avons franchi environ 60 à 65 km, il fait chaud, les cigales nous vrillent les tympans. Nous nous arrêtons pour déjeuner, au creux d’un virage, en pleine descente.

Canelli

 

En jaune il est écrit :

 « La montée des champions ».

Moi, je trouve que les nôtres ont l’air un peu fatigués…

Pas vous ?

14 h 30, après le repas, par cette chaleur même la descente est pénible. Et quand on est en bas, évidemment ça remonte. Les côtes se succèdent, avec des passages à 11 voire 12.% selon l’indicateur de Dédé. Ah ! les « vigneti ». C’est long, mais on ne s’ennuie pas. Entre un cycliste « farfelu » croisé, qui nous prenant probablement pour des Allemands nous gratifie d’un sonore salut hitlérien et quelques chiens qui semblent intéressés par nos mollets, le temps passe plus vite. Enfin ça commence à redescendre en direction du Pô, le long du  Belbo. La vitesse s’élève, nous retrouvons de l’entrain. Un jeune cyclo nous rejoint et nous faisons route commune à vive allure, jusqu’à Canelli. Chemin faisant, nous lui demandons s’il connaît un camping du côté d’Alessandria. Sans hésiter, il s’arrête pour téléphoner à sa sœur infirmière à l’hôpital d’Alessandria. Elle nous indique un camping à la sortie de la ville (campeggio Valmilana) et nous laisse un numéro de téléphone, en cas de nécessité. Si vous passez par là… ! Cet aimable jeune homme nous quitte peu après, il s’appelle Claudio, c’est tout ce que nous savons de lui.

A Canelli, nous retrouvons l’itinéraire prévu. L’arrivée à Alessandria se fera sans trop de difficultés mais après avoir bu un demi dans une station d’essence (dont la caissière à un minois très sympathique aux yeux de Jacques…), la recherche du camping s’avèrera plus délicate. Nous finissons par le trouver à Valmadonna, sans appeler l’infirmière. Plusieurs surprises nous y attendent. D’abord, avant d’entrer la gérante nous avertit que ce soir il y aura de la musique et du bruit jusqu’à tard dans la nuit, , car les écoles y font la fête. Elle nous propose même d’aller ailleurs. Autre surprise, pour une douche chaude il faut payer un supplément de 1,50 €. Comment faire, on n’est pas assez courageux pour refuser. Elle nous vend aussi du vin rouge assez bon, que nous goûterons volontiers. Nous n’avons pas envie d’aller plus loin et nous nous installons.

A côté de notre emplacement, deux adeptes du cyclo-camping sont installés devant leur minuscule tente. Il s’agit d’un couple de Français d’âge moyen qui, après être descendus en train en Toscane remontent à vélo, lourdement chargés (plus de 50 kg pour le monsieur semble-t-il), vers leur région d’origine : le pays nantais. A en juger par leur comportement décontracté (pendant notre conversation  la dame lit et le monsieur touille tranquillement une casserole de pâtes…), ils n’en sont pas à leur première expérience. Demain dimanche, ils se reposent.

C’est à peu prés tout ce que j’ai retenu de leur périple, mais Dédé pourrait probablement vous en dire beaucoup plus. Jacques qui prépare le repas me fait remarquer qu’il bavarde avec eux depuis au moins une demi-heure. Ce repas qui, par la maîtrise culinaire de notre accompagnateur, sera certainement plus élaboré et peut-être plus complet, que celui de nos deux voisins.

Nous avons parcouru 122 km à la moyenne de 23 km/h. Les routes italiennes ont un revêtement rarement parfait, souvent ancien, creusé ou fendillé. En revanche, elles comportent presque toujours une ligne blanche latérale qui délimite une bande cyclable, que les automobilistes italiens respectent scrupuleusement. Si bien que, même sur les axes importants, les cyclos peuvent circuler pratiquement sans inquiétude, ce qui est bien appréciable.

Comme d’habitude nous nous couchons tard. Finalement la musique ne nous a guère dérangé. Ce fut en tout cas vrai pour ce qui me concerne. Peut-être qu’un peu de fatigue m’y a tout de même aidé…? Demain on continue !

 

Dimanche 28 juin, 8ème étape :

Alessandria (Valmadonna) (Piémont) - Crémona (Lombardie), 143 km.

 

Hier soir, c’était la musique qui nous environnait. Ce matin, c’est un brouillard léger qui nimbe la campagne dans un triangle délimité par le Tanaro à notre droite et le Pô, qui coule à quelques kilomètres devant nous.

Sur les petites routes qui nous ont conduit hier jusqu’au camping indiqué par les pancartes, mais qui ne sont pas toutes mentionnées sur notre carte, nous avons des hésitations sur la direction à prendre dès les premières centaines de mètres. Discussion, GPS, carte, on prend une option. Mais la plaine n’est pas encore là, et nous sommes confrontés sans tarder à  une belle montée « casse pattes », que nous apprécions, à sa juste valeur ! 

 

Les rizières de la « Pianura Padana »

(Plaine du Pô)

Ensuite ça s’améliore. Nous filons à vive allure sur des routes rectilignes assez  étroites, bordées par des champs de maïs puis peu à peu par de rizières entourées de petites digues, dont le niveau d’eau dépasse parfois celui de la route. Le paysage plat à perte de vue est balisé par les clochers roses des villages, et de temps à autres par de grosses fermes bordées de peupliers et hérissées de machines agricoles géantes. Nous découvrons le début de la plaine du Pô. A Valenza, on franchit le torrent Grana puis presque aussitôt, sur un pont d’une longueur démesurée, c’est le traversée du Pô ; déjà très large à cet endroit.

Le relief ne présente aucune difficulté mais pas l’itinéraire. Après Pieve del Cairo nous pensions traverser la P 211 puis continuer en face vers Gallia. Mais ce n’est pas ce qui est indiqué. Nous remontons la P 211 sur plusieurs kimomètres, à la recherche du bon carrefour. Finalement, nous prenons sur la droite une route avec la fâcheuse impression d’avoir fait un détour inutile et perdu pas mal de temps. Il est bientôt midi et c’est dimanche. Les villages traversés sont déserts et l’un des rares habitants nous confirme même que l’on ne trouve pas de pain ce jour là, sauf peut-être dans les grandes surfaces proches des villes importantes, et avant midi. Cela nous chagrine un peu car le pain frais c’est important. Nous ne savons pas si Jacques est devant ou derrière nous. Nous tentons de le joindre par téléphone à plusieurs reprises, sans succès, mais chaque fois en dérangeant la même dame aimable, auprès de qui nous nous confondons en excuses.

Après environ 78 km, la rue principale de St Martino Siccomario est barrée par le marché du dimanche matin. Nous prenons la déviation et trouvons le camping-car garé sur le bord de la route, vide. Jacques a dû  partir faire quelques courses au marché. Après avoir contourné le marché par les rues voisines et patienté un moment sans succès à la sortie du village en attendant que Jacques nous rejoigne, nous reprenons nos vélos en direction de Pavie. Quelques centaines de mètres plus loin, en rase campagne, un  irrésistible étalage de fruits a raison de notre détermination. Vaincus, nous faisons halte pour en acheter au moment même où Jacques nous rejoint enfin, avec du pain et divers autres achats. Il est presque treize heures nous décidons de ranger le véhicule sur le petit parking proche de l’étalage et de déjeuner là.

Le repas terminé, nous reprenons la route, sous un soleil de plomb. Il ne faut pas perdre de temps, car nous n’avons même pas encore traversé Pavie qui se trouve à mi parcours. Par chance, cela se fera sans difficulté en suivant Jacques et son camping-car. Les routes sont rectilignes mais le trafic important, ce qui interdit à Jacques de s’arrêter trop souvent pour nous attendre. A plusieurs reprises, Dédé et moi, privés de carte et de GPS, devons nous arrêter pour chercher notre route. C’est beaucoup de temps perdu et ça devient très agaçant quand, faute d’indications claires, nous empruntons des déviations poids lourds, qui nous conduisent à faire de longs détours, voire des aller-retour, jusqu’à être complètement désorientés, sur des routes défoncées. Cela se produira par exemple à Codogno, puis un peu plus loin à Maleo. Nous rejoignons enfin Crémona, en toute fin d’après midi.

Et ce n’est pas sans mal que nous finirons par trouver un camping difficile d’accès dans une zone de plages et de parcs d’attractions, située le long du Pô, où se presse une foule multicolore et endimanchée  venue se rafraîchir, manger et fêter le saint patron de la ville.

Après la douche (toujours payante pour l’eau chaude) nous dégustons une bonne bière au bar du camping. Nous avons parcouru nos 143 km à la moyenne de 22 km/h. Ensuite c’est le repas, la revue de la route du lendemain et… bonne nuit !

 

Lundi 29 juin, 9ème étape : Cremona - San Giovani in Persiceto, 132 km.

 

 

Le fameux Campanile de Crémona

Ce jour là, compte tenu des difficultés prévisibles pour rejoindre la petite route SP 85 en direction de Casalmaggiore, nous avons jugé utile d’emprunter le camping-car jusqu’à la sortie de Crémona.

Même avec l’aide du GPS, ce n’est pas sans mal que nous nous dirigeons. Il nous arrive même de faire plusieurs  fois le tour d’un giratoire avant de choisir.

Nous croisons enfin une route qui se dirige à droite vers Pieve d’Olmi. La direction est bonne à prendre, nous enfourchons nos vélos. C’est exceptionnel, il n’est pas encore 9 heures.

Nous empruntons de longues lignes droites avec beaucoup de circulation. Heureusement, elles sont bordées de la fameuse ligne blanche qui nous protège bien.  Jacques, obligé de suivre le trafic, disparaît bientôt à l’horizon. Pour nous pas de difficultés, ça roule bon train. Dédé est devant. On dépasse sans effort, après l’avoir salué, un « cyclar » bien en chair, qui a « tombé » le maillot pour mieux se rafraîchir. Quelques centaines de mètres plus loin, probablement un peu vexé, il nous double à son tour, sans un mot, et tourne aussitôt à gauche. Eh, c’est qu’on a sa fierté, ici aussi…

La matinée avance et tout va pour le mieux jusqu’au moment où, après avoir franchi un rond-point et quelques carrefours peu balisés, nous nous retrouvons dans une zone industrielle, complètement désorientés.

Il est entre 12 et 13 heures. Dans les divers établissements rencontrés, il n’y a personne pour nous renseigner. Une route assez importante passe à proximité, mais il n’y a pas d’accès prévu et nous ne savons pas où elle va. Nous retournons à un carrefour rencontré précédemment.

La technique des photos imaginée par Dédé, devrait nous aider, mais elle trouve ici ses limites. Il faut d’abord retrouver la photo de la zone où nous sommes, ensuite lire l’image malgré la réverbération et enfin il faut l’orienter convenablement pour s’y retrouver. Pas si simple. Pendant ce temps, je m’évertue à chercher âme qui vive ou à arrêter l’une des rares voitures qui passent. Le moral n’est pas au « beau fixe » !

Finalement, c’est un « quidam » arrêté presque de force, visiblement inquiet et pressé de repartir sur son vieux scooter, qui nous indique où va cette route. Nous pouvons enfin continuer. Il est plus de 14 heures quand nous rejoignons Carpi. Jacques qui ne s’est pas perdu grâce au GPS nous y attend à l’entrée de la ville, arrêté à l’ombre, près d’un rond-point. Il commence à s’impatienter.

Nous déjeunons sur place en observant sur la piste cyclable qui fait le tour du giratoire, les cyclistes qui appuient par précaution sur le bouton pour traverser la route, même s’il n’y a aucun véhicule en vue, puis passent aussitôt, arrêtant ainsi bien après leur passage, des automobilistes étonnés de ne rien voir traverser. Il est plus de 15 heures quand, le repas terminé, nous repartons derrière le camping-car pour traverser Carpi.

 

San Giovani in Persiceto

Nous approchons de San Giovani in Persiceto vers 18 h 30, sans autre difficulté, mais trois préoccupations majeures se font jour : D’abord Jacques nous informe qu’il lui faut d’urgence trouver du gasoil, d’autre part nous devons  faire quelques provisions de bouche et enfin nous n’avons pas repéré de camping pour ce soir. Un jeune cycliste interrogé nous dirige sur la Coop toute proche, ce qui devrait apporter une solution pour les 2 premiers points. Je rejoins la Coop à vélo, les copains me rejoignent en camping-car. On y trouve tout ce qu’il faut pour manger mais déception, pas de gasoil. Les provisions faites, nous partons donc vers Bologne située à 20 km de là, assurés de trouver une pompe et de croiser un panneau «  campeggio » (camping). Nouvelle déception. Pas de terrain de camping en vue, et pas de pompe à essence ouverte. Nous en trouvons une automatique mais elle n’accepte que certaines cartes commerciales ou des billets de 50 €, et à condition de suivre une procédure fort complexe. On parvient tout de même à se servir. Une voiture de police est là, ainsi que quelques « tapineuses ». Ils ne connaissent pas de camping proche. Dédé feuillette fiévreusement le guide des campings et finit par en trouver un à Nonantola, au-delà de San Giovani en Persiceto, d’où nous venons. Il est près de 20 heures. Il téléphone, se montre persuasif, l’établissement n’est pas encore ouvert au public mais le propriétaire accepte de nous recevoir. Nous finirons par trouver l’établissement en pleine campagne, dans le noir complet. Merci Monsieur GPS, merci Jacques. La grille est fermée, je sonne et après un moment, un monsieur en peignoir de bain vient ouvrir, accompagné d’un beau mâle « mastiff » d’humeur heureusement aimable. Il m’annonce qu’il y a des toilettes mais pas de douche. A mon tour d’être persuasif. Comptant sur la sensibilité du « tifosi » italien, je lui  annonce que nous avons parcouru plus de 150 km à vélo aujourd’hui pour arriver ici (en réalité nous n’avons fait que 132 km à 22,10 de moyenne horaire…), et donc qu’une douche est impérative. C’est gagné, il me fait découvrir les douches de sa piscine. Elles sont chaudes, plus douces que nous n’en avons jamais trouvé jusque là et gratuites ! Nous choisissons l’emplacement qui nous plait, puisqu’il n’y a personne d’autre. Roxane fait connaissance avec son puissant collègue italien… et nous nous installons dans la nuit étoilée, seulement troublée pas le passage de quelques moissonneuses-batteuses.

Finalement c’est peut-être le meilleur camping que nous ayons eu, et de loin le moins cher car, pour 8 € douches comprises, Jacques pourra même avant de repartir, faire la vidange des eaux usées de son véhicule.

Demain, la dixième étape devrait, en principe, nous conduire à Borgo San Lorenzo, au nord de la Toscane.

En sera-t-il ainsi ?

 

Mardi 30 juin, 10ème étape :

Nonantola (Emilie-Romagne) - Barberino di Mugello (Toscane), 125 km.

 

Nous pensions pourtant aller jusqu’à Borgo San Lorenzo . Que s’est-il donc passé ?

D’abord le camping de Nonentola était tellement calme que nous avons un peu traîné au lit puis, sous la douche si agréable, après quoi tout en déjeunant nous avons longuement discuté du parcours…, et enfin il était impossible de partir sans saluer le propriétaire. Bref il était plus de 10 h 30 et il faisait déjà très chaud quand nous avons enfourché nos fiers destriers, en direction de Vignola.

Une fois partis, peut-être obnubilés par la facilité avec laquelle Jacques nous avait conduit jusqu’au camping hier soir, à la nuit tombée, nous avons tendance à le suivre aveuglement. Or «  les jours se suivent mais ne se ressemblent pas ». Après une vingtaine de kilomètres, dès la traversée de Vignola, plusieurs hésitations et quelques allers retours seront nécessaires pour trouver la direction de Marano sul Panaro.

Passé Vignola, une route large et très roulante s’offre à nous le long de la rivière Panaro. Nous prenons le temps d’acheter de beaux fruits au bord de la route, et même une énorme pastèque. Comme nous évoquons notre destination en Toscanen, la marchande lève les bras au ciel et s’écrie « tante salite » (ce qui signifie : beaucoup de montées !). N’oublions pas que la Toscane est séparée de l’Emilie-Romagne par les Apennins. André est reparti en tête. De temps à autres, au détour d’un virage, j’aperçois sa casaque bleue et blanche qui fuit sans cesse. Serais-ce l’approche de la Toscane qui lui donne tant d’énergie ? Il faudra presque une heure de route, pour le rejoindre. Il est plus de midi. Jacques qui nous a dépassés s’est arrêté à l’ombre pour déjeuner, juste avant de traverser la rivière en direction des premiers contreforts des Apennins. Je traverse seul le pont en vue d’une petite reconnaissance, je découvre les premiers lacets d’une montée qui me semble raisonnable et rassuré, je rejoins les copains à table.

Nous aurions peut-être dû continuer un peu avant de déjeuner car dès le pont franchi c’est une jolie petite côte d’environ 11 km, avec des passages à 12 %, qui va nous servir de digestif. Passé S. Giacomo Maggiore nous atteignons l’altitude de 895 m puis redescendons rapidement vers le fond de la vallée du Reno. Là, il devrait suffire d’emprunter la Statale 64 (RN 64) sur 2 ou 3 km, de la quitter par la droite juste avant l’entrée du tunnel, pour rejoindre Riola puis remonter sur les hauteurs d’en face vers Rocheta Mattei. Sur la carte cela semble assez simple, mais… ?

Jacques qui s’est attardé pour remettre de l’ordre dans son camping-car ne nous a pas encore rejoints quand nous nous engageons sur la Statale 64, à double voie. La descente est rapide, la circulation aussi, nous avons hâte de trouver la sortie vers Riola. Mais voilà, nous sommes à l’entrée du tunnel, et nous n’avons pas trouvé cette route. Probablement que celle-ci est juste après le tunnel. Celui-ci semble court sur la carte, mais le panneau à l’entrée annonce tout de même 960 m. Nous allumons nos « loupiottes », nous nous lançons et, nous regrettons bientôt amèrement cette folie ! Le tunnel est très mal éclairé, des zones obscures de plusieurs dizaines de mètres se succèdent, ça descend, ça tourne beaucoup et surtout la ventilation fait un vacarme assourdissant qui interdit d’entendre quoi que ce soit d’autre. La peur de me « vautrer » à cause d’un nid-de-poule invisible devrait me freiner, mais celle d’être « aplati » par un camion qui n’aurait pas vu mon feu rouge me pousse à rouler de plus en plus vite. J’en ai des sueurs froides. Devant moi, j’aperçois le point rouge du vélo de Dédé. Je suppose qu’il doit être à peu près dans le même état d’esprit que moi, car je constate que je ne le rattrape pas. La lumière du jour apparaît enfin, toute petite, au loin, rassurante.

A la sortie du tunnel, déception. Il y a bien une route sur la droite de la Statale, mais elle est inaccessible. Quelques dizaines de mètres plus loin, une autre est accessible, mais elle est à gauche, de l’autre côté du terre-plein et part dans le sens inverse de notre direction ? Le camping-car arrive, s’arrête, puis fait rapidement demi-tour en traversant le terre-plein. Nous sommes fermement décidés à retrouver la suite du parcours, mais il s’agit de routes de montagne. Prudents, nous grimpons avec nos vélos, dans le camping-car.

La recherche nous prendra une bonne heure, quelques dizaines de kilomètres les yeux rivés au GPS et le nez sur la carte, plus pas mal d’hésitations à divers carrefours. Cela nous aura toutefois évité plusieurs rudes montées et beaucoup de temps perdu que nous ne regrettons pas. Nous retrouvons enfin notre route près de Carpineta, quelques kilomètres au-delà de Rochetta Mattei, et nous remontons sur nos machines. Il est plus de 16 heures et il nous reste au moins 50 km de route de montagne avant d’atteindre Borgo San Lorenzo. Et encore faudra-t-il trouver un camping en arrivant.

Effectivement nous risquons d’arriver tard car d’autres embûches nous guettent, par exemple à Montepiano. Au centre de ce bourg tout en longueur, nous devons prendre la direction de Santa Margherita. Arrivés sur les lieux, cette direction ne figure sur aucun panneau. Un aller-retour jusqu’à la sortie du village ne nous renseigne pas plus. Les personnes interrogées ne connaissent pas de village de ce nom. De retour au centre du bourg, sur la petite place, nous consultons les personnes présentes. On déplie notre carte mais comme toujours les gens du pays n’y prêtent que peu d’attention. La destination figure pourtant, pointée à quelques kilomètres de là. Une jeune fille qui parle un peu français tente de faire le point avec nous, sans succès. Les gens s’interrogent, ça dure un bon moment. La réponse arrive enfin, avec l’aide d’un monsieur qui s’apprêtait à monter sur sa moto. Il n’y a pas de village Santa Margherita par ici. Ce qui est mentionné sur la carte c’est « Sta Margherita » Cela ne signifie pas Santa M… mais Station M…, et ce que nous avions pris pour un village n’est autre qu’un point haut sur lequel se dresse une station hertzienne qui porte ce nom. Elle se trouve dans la bonne direction, et la route qui y conduit débouche justement au coin de la place où nous sommes. Soulagement, nous avons perdu encore pas mal de temps… mais quel plaisir de constater avec quelle amabilité tous ces gens cherchaient à nous aider.

Vers 18 h 30, nous parvenons seulement à Barberino di Mugello proche du lac Bilancino, dont la surface se reflète au soleil. Borgo San Lorenzo où nous envisagions de faire étape est encore distant de 20 km et le camping signalé sur le guide se trouve 8 km plus loin, à Vicchio. Nous hésitons à poursuivre, persuadés que les rives du lac tout proche doivent offrir quelques zones de camping. Encore faut-il s’en approcher. Les passants sont rares. Deux promeneurs âgés consultés nous donnent des renseignements plutôt vagues. Nous nous mettons en quête de trouver par nous-mêmes une route carrossable qui conduise au bord du lac, mais nos recherches restent vaines. Pas moyen d’approcher de la rive en camping-car. Les quelques équipements que nous apercevons sont fermés. Contrariés et déçus, nous remontons dans le véhicule et prenons la route en direction de Borgo San Lorenzo.

Vers l’extrémité du lac, une route étroite descend sur la droite, nous la suivons espérant approcher la rive, mais après un tournant elle remonte et s’en éloigne aussitôt. Non loin de là un belvédère est aménagé avec vue sur le lac, le parking est vaste et désert, nous décidons de passer la nuit là.

Au cours de cette pénible journée, autant pour Jacques que pour nous, nous avons parcouru 125 km (à vélo) à 19,7 km/h de moyenne.

Ce soir la douche est succincte, mais un double apéro suivi d’une bonne choucroute font oublier les petits désagréments. La nuit sera peut-être un peu bruyante, mais réparatrice.

Roxane en pleine forme gambade sur le parking, probablement heureuse de sentir que le but est proche. Il ne reste que 80 km environ, pour rejoindre Bibbiena.

 

 

Le lac Bilancino

Y’en a que pour les cyclistes.

Je suis là moi aussi !

 

Mercredi 1er juillet, 11ème et ultime étape :

Barberino di Mugello - Bibbiena, 80 km.

 

Ce matin, il fait encore beau temps. La nuit a été chaude et sèche. C’est heureux car ainsi les petites opérations du matin, dans la nature, sans trop de rosée, sont plus confortables. Vers 9 heures, « gonflés à bloc », nous sautons sur nos machines pour affronter cette dernière étape. A peine avons nous rejoint la route abandonnée hier soir pour venir au belvédère, que nous rencontrons des panneaux qui indiquent 2 terrains de camping proches. Pas de chance.

Borgo San Lorenzo est franchi puis une route facile, mais très fréquentée, nous amène après 35 km jusqu’à Londa. Là, débute une longue côte d’environ 20 km. Dans les premiers lacets, de nombreux motards nous doublent comme des fusées. Puis c’est une vingtaine de cadets d’une école de cyclisme, à l’entraînement, escortés d’une voiture, qui nous dépassent. Ils se « tirent la bourre ». Probablement enthousiasmé par le spectacle, je vois Dédé devant moi qui se lance à leurs trousses… sur une centaine de mètres ! On peut rêver…, ces gamins grimpent à 25 à l’heure. Tout ce petit monde s’arrête à Fornace, et nous laisse affronter seuls le reste de l’ascension avec quelques passages à 8 ou 9, voire 10 %, et pratiquement plus aucune circulation. Partis du fond de la vallée ou coule la Sieve nous atteignons ainsi le  « valico » (col)  Croce ai Mori, altitude 955 m. Jacques s’est arrêté un peu avant le sommet. Je stoppe à sa hauteur et nous attendons Dédé qui arrive quelques minutes plus tard. Nous sommes en pleine forme. Nous rejoignons le sommet ensemble. La dernière difficulté du parcours est franchie.

 

Dernière difficulté,

à chacun son style !

 

 

  Non, ce vélo n’est pas venu là

  tout seul !

Il est près de midi, il reste environ 25 km dont au moins 8 de descente jusqu’à Stia, avant d’atteindre Bibbiena. On nous attend là-bas, vers 15 h 30. Nous avons tout notre temps pour déjeuner au col. Pendant le repas, des chiens du voisinage, probablement habitués au passage des touristes, viennent nous rendre visite. Roxane les observe prudemment, derrière la vitre.

La fin de parcours se déroule tranquillement. Vers 15 h 15, au bas d’une courte descente, nous sommes un peu surpris de découvrir déjà le panneau : « Bibbiena jumelée avec Boulazac (France) ». Mais à cet endroit le bas-côté est étroit et la circulation rapide, et Jacques n’est pas à proximité. Tant pis pour la photo. Nous entrons dans Bibbiena , encore quelques hésitations avant de retrouver la rue ou habitent Mariana et Walter qui nous attendent, en compagnie d’Yvo le président du comité de jumelage de Bibbiena. 15 h 30, embrassades, félicitations et photo. Le challenge que nous nous étions fixés est réalisé.

Ce soir le camping-car stationne à Poppi, (séjour offert par le Comité de Jumelage de Bibbiena), et nous somme invités à partager un excellent repas d’accueil au domicile des Furieri.

Dès demain 10 heures, nous sommes attendus à la mairie de Bibbiena et nous remettrons en main propre à son nouveau maire (Daniele Barberini), le message d’invitation aux festivités des 20 ans du Jumelage, que lui adresse Jacques Auzou, le maire de Boulazac. Notre mission sera ainsi accomplie.

Ensuite nous consacrerons quelques jours pour faire découvrir à Jacques Bazille, que nous remercions encore pour l’aide inestimable qu’il nous a apporté tout au long du parcours, ce magnifique coin de Toscane, avant de regagner le pays.

 

Pas très nombreux mais tellement sympas,

 les membres du comité d’accueil !

A l’hôtel de ville de Bibbiena

« Si, Signore Sindaco,sono davvero venuti colla bici ! »

(Oui, Monsieur le Maire, ils sont vraiment venus à vélo !)

 

Pour conclure.

 

Nous garderons un souvenir très fort de cette ballade cycliste de 1 428 km accomplie à 2 cyclistes, en 11 jours avec un accompagnateur qui s’est chargé de tout le reste. Un petit regret toutefois, jusqu’à Bibbiena nous n’avons pas fait beaucoup de tourisme.

Naturellement notre épopée a fait l’objet de moins de publicité que celle de nos collègues de Bergerac qui en 1993 avaient rejoint Faenza à 1 200 km, en 7 jours avec 19 cyclistes et 9 accompagnateurs. Notre départ a été discret, mais secrètement nous pensions qu’au retour peut-être… et bien non !

C’est à croire que, accaparés par les préparatifs des festivités des 20 ans, le Comité de Jumelage comme la municipalité de Boulazac avaient oublié à notre retour la mission dont ils nous avaient chargés auprès des Bibbienais, au départ… !

Heureusement nos amis italiens, très sensibles à la symbolique du geste, ont tenu pour leur part à nous manifester leur gratitude. Nous leur en sommes reconnaissants.

 

Quoi qu’il en soit, André et moi-même, heureux d’avoir mené à bien notre projet ainsi que la mission qu’on nous avait confiée, sommes satisfaits et fiers de pouvoir dire à notre tour : «  L’abbiamo fatto ! » (Nous l’avons fait !).

Rédaction : Claude Bodo

Photos : J. Arrestier, J. Bazille, A. Thomasson

 

 

 

Retour à     Souvenirs     Accueil

 

 

 

 



(*) Ce genre d’erreur s’est présenté à 2 ou 3 reprises. Sur une carte au 1/200 000ème, les centaines de mètres ne sont que des millimètres, pourtant il est essentiel de différencier les lieux « à traverser » de ceux dont il faut seulement « passer près », car cela peut coûter des kilomètres inutiles. La préparation d’un « livre de route » fiable nécessite souvent la loupe, et énormément de patience et de temps.