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Mes débuts de cyclotouriste

 

Avouons-le, il faut être un peu fou ou inconscient pour choisir le vélo comme activité de loisir.

Après une dure semaine de labeur où l’on a souvent  pédalé dans la semoule, négocié nombre de virages dangereux, parfois changé de direction à 180°, été invité à forcer l’allure, changer de braquet, atteindre coûte que coûte l’objectif, se dépasser… J’en passe et des meilleures !! Quelle déraison que de vouloir enfourcher un vélo dès le week-end venu alors que l’on pourrait s’offrir une grasse matinée bien méritée et se prélasser, douillettement blotti sous sa couette, attendant tranquillement que les effluves du café qui passe viennent chatouiller nos narines et nous décident peut-être à nous extirper du lit.

Mais non ! Point de tout cela.

Il faut mettre le réveil encore plus tôt que d’habitude, s’équiper de pied en cape, faire son bidon et prévoir le ravitaillement énergétique, vérifier le matériel, repérer le lieu de rendez-vous et surtout être à l’heure ! Ce qui pour moi n’est pas un mince défi.

Tout en s’adonnant à toutes ces « joyeusetés », on imagine les souffrances à venir : Fera-t-il beau et doux ?

Y aura-t-il beaucoup de dénivelé ?

Est-ce que je vais suivre et ne pas trop « faire l’élastique » ?

Est-ce qu’on va m’attendre ?

Donc le fait est établi et ne souffre aucune contestation. Le cyclotouriste (c’est son nom) est avant tout un être masochiste, mû par un ressort bizarre, signe probable d’un léger dérèglement mental que l’on peut définir ainsi :

Faire effort, souffrir, se dépasser, vaincre !!

Voilà, le mot est lâché : Vaincre !

Au final, le cyclotouriste est un vainqueur potentiel même s’il l’ignore. Bon, entre nous, la victoire n’est pas toujours au rendez-vous de chaque virage négocié ou montée accomplie.

 

J’ai encore le douloureux souvenir de ma première participation à une semaine fédérale, celle de Périgueux.

A mon compteur depuis le début de l’année, moins de 400 km avec une seule sortie à plus de 50 km !

En cinq jours j’ai battu tous mes maigres records.

En fait, je ne savais pas vraiment ce qui m’attendait.

Mon ami auvergnat Michel, cycliste impénitent et amateur de bons vins, familier des paysages tourmentés de notre pays natal commun, m’avait appris qu’une formidable manifestation cycliste se déroulait en Périgord pendant une semaine et qu’il venait prendre pension à la maison avec son fils pour y participer.

Il comptait par la même occasion faire un peu de tourisme viticole !! Il va sans dire que j’en étais et que c’était non négociable. J’avais tout intérêt à me préparer !!

Premier jour : 70 km sous la pluie du côté de Cubjac. Noyé par des trombes d’eau à ne plus pouvoir distinguer la route, transi de froid, me voilà en train de quémander une boisson chaude et quelques réconfortants solides alors que je n’avais pas un sou vaillant sur moi, aucun ravitaillement et que j’avais perdu mes compagnons de route.

Je vous rassure. On prit pitié de moi et je repartis persuadé en cet instant que j’allais plutôt opter à l’avenir pour la pétanque ou la belote de comptoir.

Le troisième jour, nouveau record : 103 km ! avec des moments où, hagard, je me demandais vraiment ce que je faisais là, dépassé par des équipages improbables mais qui pédalaient avec une aisance insultante et dans l’allégresse, me prodiguant moults encouragements du genre ;

- Accroche-toi, plus que 6 km de grimpette !

- Respire ! Mets-toi en danseuse ! Ton braquet, ça ne va pas !

- Pense à t’alimenter !

- Prends ma roue !!!

- Non, merci j’en ai deux et c’est bien suffisant !!

Dans une belle montée en direction de Bergerac que j’entame avec appréhension, un cyclo se porte à ma hauteur et commence à me parler, m’encourageant et m’invitant à me mettre dans sa roue. Tout en pédalant avec aisance, il m’annonce ses bientôt 75 printemps !

Bon, Michel, avec 20 ans de moins et une solide détermination, évite de te ridiculiser, tu dois pouvoir y arriver. Ce fut quand même très dur mais quel plaisir d’atteindre le sommet avant de plonger vers la vaste plaine, promesse d’une récupération bienvenue. Les derniers jours de la semaine fédérale furent plus aisés, signe d’une accoutumance à la distance et aux difficultés.

 

Cette expérience fut déterminante et me décida à rejoindre un club afin de pouvoir vivre le plaisir (vous avez dit plaisir ?) du vélo avec d’autres, recevoir des conseils, partager le goût de l’effort et du dépassement de soi, mieux comprendre ce qui nous anime pour vouloir avaler autant de kilomètres sur une machine dont le confort n’est pas la première qualité.

J’ai choisi de rejoindre le CVP dont j’ai rapidement apprécié la disponibilité de ses membres et la qualité de l’accueil. J’ai aussi et surtout été séduit par les valeurs portées par ce club : solidarité, entraide, respect des différences dans les motivations et les capacités physiques, mais également engagement humanitaire et accueil de personnes malvoyantes.

La convivialité n’est pas en reste, les "Vélocio" savent s’amuser, affronter courageusement la troisième mi-temps ! profiter du bonheur de rouler ensemble, la Dordogne offrant un cadre idéal et exceptionnel.

Au CVP, la convivialité n’est pas en reste.

 

Le Pervendoux, c’est fait !

Cette première année au CVP m’a permis de partager pas mal de sorties et de faire en particulier "Fugue en Périgord ".

Rouler dans les environs de Clairvivre fut un véritable plaisir. J’aime ces paysages accidentés et boisés qui me rappellent un peu mon Auvergne natale.

Lorsque j’ai annoncé que je voulais faire la grande boucle de 106 km avec la montée du Pervendoux, mes camarades du club m’ont regardé avec perplexité et pour tout dire une relative désapprobation.

Avec le recul, je crois en effet avoir ce jour là un peu surestimé mes capacités. Gérard et Dédé décident de m’accompagner, pensant qu’il n’est pas très prudent de me laisser partir seul dans cette aventure.

Tout se passe bien jusqu'à l’approche du Pervendoux. Nous totalisons 95 km et l’arrivée est prévue à 106 km, une broutille !

Que nenni ! Dés la première rampe, je suis lâché par Gérard et Dédé qui discutent, discutent... (comment font-ils pour respirer en même temps ?!!) Comme s’ils étaient installés tranquillement à une terrasse de café ! Quant à moi, je peux à peine trouver mon souffle. Je suis au plus rude de la côte, debout sur les pédales, allant de gauche à droite de la route, la montre cardiaque flirtant avec le 180 ! Mais il n’est pas question de mettre pied à terre !

La montée finale du Pervendoux va s’avérer moins difficile que je ne le pensais, je progresse très lentement mais je souffre moins. Je suis régulièrement dépassé par des cyclos visiblement très à l’aise… Je rêve de leur ressembler un jour prochain…

De week-end en week-end, je progresse grâce aux encouragements dispensés par les uns et les autres, Qu’ils soient ici chaleureusement remerciés. Ma modeste expérience de débutant me rend sensible à la question de l’accueil et l’encadrement des nouvelles et nouveaux adeptes de notre sport. Je suis convaincu que cela est déterminant pour le développement du club et de notre activité, en particulier en direction des femmes encore trop peu nombreuses.

Vive le vélo au CVP.

 

Michel Avignant