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Semaine Fédérale 2005

Oloron-Sainte-Marie

 

 

S’il est des Semaines fédérales que l’on espère, Oloron en fait partie. Idéalement située au pied des Pyrénées, à quelques kilomètres de Pau et tout près du Pays basque, la petite cité béarnaise possède tous les atouts pour satisfaire les milliers de randonneurs présents début août lors du grand rassemblement annuel des cyclotouristes.  

Mais il faut d’abord la mériter cette SF. L’accès à la permanence pour retirer son précieux dossier n’est pas simple. Il faut dire que l’arrivée des 14000 cyclos multipliant par deux la population de la ville provoque quelques bouchons. Le précieux dossier enfin retiré, il est temps de prendre possession de notre hébergement. Pour Augustin et moi, ce sera le Lycée agricole de Soeix. La chambre que nous partageons avec deux autres cyclos est vaste et agréable. De là, nous découvrons les premiers reliefs des Pyrénées et devinons, impatients, les routes que nous emprunterons bientôt.

 

Dimanche 31 juillet

Dès le dimanche matin, nous voilà au pied du mur et des premiers cols. C’est le col d’Ichère qui ouvre le bal. Puis viendront les cols de Bouézou, de Labays et de Soudet. Ces cols, certes d’altitude raisonnable, sont malgré tout difficiles. Les pentes sont irrégulières, souvent rudes, les revêtements rugueux. Après Bedous, le col de Bouézou se cache dans la pente qui nous fait face. Tout là-haut, au-dessus de nous, nous apercevons des fourmis multicolores, cyclos qui grignotent la pente mètre après mètre. Mais comment va-t’on y monter ? Où passe la route ? J’avance avec peine. Sur le bord de la route, des vaches paissent tranquillement ne s’étonnant même pas de cet afflux d’envahisseurs à deux roues. Au sommet du col de Labays, tout aussi difficile, nous remplissons nos bidons à une citerne d’eau amenée ici par les organisateurs. Excellente initiative unanimement appréciée. Les points d’eau sont inexistants par ici. Direction le col de Soudet. Jean-Paul Bougnon renonce soudain. Augustin et moi, nous irons jusqu’au col avant de faire nous aussi demi-tour, laissant Bernard Lécuyer découvrir le col de la Pierre-Saint-Martin et la crête qui forme la frontière avec l’Espagne. Nous regagnons Oloron par Arette. Nous nous engageons dans une longue descente de près de 20 km. La route est large et bien revêtue. Nous pouvons nous laisser aller, prendre un peu de vitesse et savourer ces instants de liberté en toute sécurité. Après Arette, la route remonte un peu et le retour nous paraît bien long. 108 km ! Nous avons notre compte.

 

Lundi 1er août

Orage ! Eau désespoir ! Le ciel s’est déchaîné cette nuit et ce lundi matin, la pluie nous dissuade d’aller rouler. Autrefois, j’aurais bravé les intempéries mais aujourd’hui, sans doute lassé par trop de kilomètres passés à subir les aléas climatiques, je reconnais, et je ne suis pas le seul, être assez exigeant quant aux conditions météo. Nous pensons aux organisateurs qui ne méritent pas cela après tous les efforts consentis pour préparer ces journées. Vers midi, le ciel se calme et nous irons découvrir les collines vers Lucq-de-Béarn, histoire de sauver notre journée.

 

Mardi 2 août

Deuxième journée de montagne au programme de cette Semaine fédérale. J’avais pensé me lancer sur le grand circuit à l’assaut de l’Aubisque. Mais très vite, je comprends que c’est un peu ambitieux pour aujourd’hui. Je me contenterai, et c’est déjà pas mal, du col de Marie-Blanque. Les deux Bernard, Vigier et Beau, m’accompagnent. C’est en fait le col du Porteigt que nous abordons en premier. Le début de la montée près de Bielle est difficile mais le point de vue sur la vallée qui conduit à Laruns nous récompense de l’effort consenti. Les dernières brumes s’accrochent aux versants verdoyants. Sur la gauche de la route, un accordéoniste, installé sur un muret, nous encourage de quelques notes tandis que son voisin s’étonne de nous voir si nombreux. La fin de l’ascension est plus facile sur un enrobé très roulant. Un petit répit nous est offert. La route traverse les herbages du plateau du Bénou et un cheval nullement impressionné se mêle aux cyclos. Nous retrouvons la forêt et les dernières rampes vers Marie-Blanque. La descente sur Escot est rapide. Le col de Hourat n’est qu’une formalité et nous arrivons à Lurbe-St Christau. Le restaurant où nous comptons déjeuner est pris d’assaut et  le service franchement débordé.

Mercredi 3 août

Je ne sais pas si c’est un effet des pentes de la veille mais ce mercredi matin certains Fuchsias sont déchaînés. La route plate vers Sauveterre doit les inspirer et je mettrai longtemps à les retrouver. D’autres, au contraire, profitent sereinement de cette route tranquille au milieu des champs de maïs. Michel Monteix, Bernard Parmentier et Jean-Claude Lebresne qui m’apostrophent à mon passage sont de ceux-là. Je rejoins les autres du côté de Navarrenx. Nous déjeunerons sous les arbres du côté de Sauveterre tandis que les cyclos passent sans fin devant le restaurant. L'après-midi s’annonce tranquille, quand tout à coup, d’un claquement sec, un rayon de ma roue arrière rend l’âme et comme un malheur n’arrive jamais seul, je constate que la roue libre est bloquée. Me voilà condamné à la marche à pied. Jean-Paul Bougnon et Bernard Vigier sont devant. Des dizaines de cyclos passent, indifférents. Je ne me sens tout à coup très seul, seul au milieu de la foule pédalante. Enfin un qui s’inquiète de mon sort ! Bernard, inquiet et prévenu, fait demi-tour. Il va rentrer au plus vite et venir me chercher. C’est toujours Bernard qui récupère les cyclos en perdition. Je me prépare à de longues minutes de marche en l’attendant quand le destin me vient en aide. Je ne sais si c’est la proximité de Lourdes mais le miracle se produit soudain. Dieu m’apparaît sur cette route perdue du Béarn. Pour la circonstance, il a pris l’apparence de deux gentes dames, épouses de cévépistes, circulant en voiture (avec un porte vélo comme il se doit). Merci Marie-Jeanne et Yvette, mille fois merci, vous me sauvez. Je fixe mon vélo sur le Scénic. Bernard, tu peux rentrer tranquillement. Merci à toi aussi, dévoué compagnon de route.

 

Jeudi 4 août

Aujourd’hui, je délaisse la SF. Le vélo réparé, accompagné des deux Bernard du COPO, j’entreprends l’ascension du col de la Pierre-Saint-Martin. Montée longue et difficile qui démarre sèchement à La Mouline (la bien nommée) à quelques kilomètres d’Arette d’où nous sommes partis. Sur la droite, des vaches sont accrochées à la pente. La route serpente un moment dans la forêt puis le paysage change, l’herbe prenant le pas sur les arbres. Au milieu de la route, un cheval sympathise avec des touristes. Je dois mettre pied à terre. La brave bête qui espère quelque gâterie s’en prend à mes poignées de frein. Désolé, ça ne se mange pas et j’en aurai besoin tout à l’heure pour redescendre. Quelques longues minutes plus tard, j’arrive à la station de la Pierre-Saint Martin parfaitement déserte. Des troupeaux de moutons traversent la route à la musique de leurs sonnailles. Quelques marcheurs nous saluent amicalement. Le col est enfin atteint dans la brume naissante. Je me restaure, me couvre et entreprend la descente sans tarder. Il ne fait pas vraiment bon par ici. J’ai même un peu froid.

 

Vendredi 5 août

Les circuits du jour nous conduiront en Pays Basque. Avec Augustin, Bernard Lécuyer et deux de ses amis bretons, nous démarrons de Tardets. Dès Aussurucq où nous retrouvons le circuit, la route s’élève dans la forêt des Arbailles. Puis la pente devient très irrégulière avec de nombreux replats qui font croire à certains que l’ascension est finie. Ils vont être déçus. La forêt cesse. Après plusieurs kilomètres d’une pente plus douce, nous voilà à Ahusquy. Courte descente et ça monte à nouveau. Le ciel est bleu. Le paysage dégagé nous permet de profiter des nombreux points de vue qui s’offrent à nous. Encore quelques efforts et nous atteignons le col Bagargui. La forêt d’Iraty nous attend. Quelques plans d’eau et ruisseaux rivalisent de beauté avec les grands arbres. Tiens, voilà Hubert qui prend des photos (est-il besoin de le préciser ? ). Des sentiers nous invitent à la promenade. Une autre fois. Encore un coup d’œil depuis le Burdincurutcheta et c’est la descente plutôt rapide sur Mendive où nos routes se séparent. Augustin et moi quittons nos compagnons pour rentrer directement (si l’on peut dire) à Tardets par Ahusquy. Ce « raccourci » permettra à Augustin de glaner quelques cols et me ramènera sur des routes connues. Quelle montée ! J’avais le souvenir d’un parcours difficile mais pas à ce point. Dès la sortie de Mendive, le ton est donné et les répits seront de courte durée. Nous avançons au pas. A droite, la route qui descend de la forêt d’Iraty semble nous narguer. Je n’avance plus et me résous à mettre pied à terre. Je mesure à cet instant le poids des années qui se sont écoulées depuis que je suis passé ici, il y a 10 ans, sur une randonneuse chargée de sacoches. Le calvaire a malgré tout une fin. Sagement assis sur le bord de la route, Augustin m’attend et conclut « Une belle journée de cyclotourisme ». Je ne dis rien car je récupère mais j’approuve. Nous avons du nous battre avec les pentes mais des paysages magnifiques nous ont été offerts en récompense. Encore deux cols à découvrir mais ce sera sans peine puisqu’ils sont sur la crête, tout près d’ici, au milieu des estives. Alors que nous croisons un troupeau de mouton, une dame sortie précipitamment de sa voiture fait une photo. " - C’était pour les moutons ? - Non, pour vous, me répond-elle. " C’est trop d’honneur !

Plus tard, quand nous arrivons à Tardets, après avoir salué l’épouse de Jean-Paul Bougnon en visite ici avec une amie, notre premier souci est de nous désaltérer. Deux bières : la première, bue d’un trait, pour étancher notre soif ; la seconde pour le plaisir.

 

Samedi 6 août

Pour conclure cette superbe semaine, les organisateurs nous convient à découvrir les coteaux béarnais, Pau et le Jurançon. Pour ma part, je me contenterai des coteaux et la route de Lasseube nous fournira l’occasion de vérifier notre forme. Montées et descentes se succèdent. Je prends congé des copains plus ambitieux que moi aujourd’hui et m’engage dans la longue montée qui, au milieu des bois, conduit jusqu’à Belair. Je me restaure à Buzy et rentre tranquillement par la plaine, un peu triste d’être déjà arrivé au terme de cette semaine. Je n’ai pas vu le temps passer.

Au revoir Oloron. Au revoir et merci. Il est temps de faire nos bagages, de fixer les vélos sur la galerie. Nous repartons dès demain, heureux de votre accueil et riches de merveilleux souvenirs.

                 

                                                                                                                                                                           Gérard Simon     

 

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