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Bernard Schneider

Plus d’un demi-siècle de cyclotourisme

 

 

 

 

Les sirènes qui rugissent, les alertes, les bombardements, et mon père, ancien combattant de la guerre 14-18 survivant de Verdun. Les Allemands, la débâcle, notre sol occupé, nos villes et villages martyrisés, mon frère déporté comme travailleur obligatoire en Allemagne, voilà la situation en 1940 ! C’est reparti, ça devait être la « der des der » qu’ils disaient !

 

Comme tant d’autres, j’étais un enfant de la guerre dont les premières années d’école furent passablement perturbées (descentes aux abris, restrictions, etc.) L’éducation nationale connaissait déjà, alors, bien des soucis. Pour nous tenir informés, nous écoutions la BBC : « Les Français parlent aux Français ». Entre parenthèses, nous avions comme voisins, la famille Guimoto, leurs deux filles jumelles dont l’une, Jacqueline François fit une belle carrière de chanteuse à partir des années 48-49 … et fut ambassadrice de la chanson française dans le monde entier. Voisin aussi, monsieur Roger Dumas, comédien bien connu dans quelques séries TV et surtout au théâtre, récemment aux côtés de J.-L. Trintignant ; ses parents étaient boulangers, nous étions camarades d’école, ils nous assuraient de temps à autre du pain sans tickets et du pain blanc, bien apprécié dans les temps difficiles que nous traversions à la fin de la guerre. Fermons la parenthèse.

 

Brevet de la Montagne de Reims

(1977)

Ouf ! la Libération, les années noires sont derrière, il faut avancer, croire « qu’il fera beau demain »… 1948, enfin mon Certificat d’études primaires. Mon père m’avait promis une bicyclette si je réussissais ! C’est aux côtés de mon frère Jean que je faisais mes premières virées cyclotouristes.

 

Ce fut alors le commencement de la grande passion, le coup de foudre, cette amie fidèle ne m’a jamais quitté jusqu’à ce jour… La bicyclette est, à mon avis, le premier moyen pédagogique pour faire découvrir la géographie d’un pays et même, du monde…

Mon premier travail me conduit au Havre, je découvre la Haute et la Basse Normandie, je passe souvent à vélo le bac de Quillebœuf, car au début des années 50, le premier pont se trouvait à Rouen, unique passage des bacs dont il fallait bien connaître les horaires. Je m’enivre de la beauté de cette région, ses vertes prairies à perte de vue, ses monuments, les plages du débarquement en juin 44 dont les traces, à cette époque, sont encore bien visibles.

Toujours pour le travail, je voyage encore et me retrouve ensuite en Auvergne, Limousin, Bort-les-Orgues (barrage en construction), à la limite des 3 départements : Corrèze, Puy-de-Dôme, Cantal. J’ai l’embarras du choix pour les circuits. J’y découvre la montagne ! Nul ne la décrit mieux que monsieur Jean Ferrat.

De nature solitaire, chaque fin de semaine m’entraîne à la découverte de ces beaux départements d’Auvergne-Limousin : ses rivières, ses prairies couvertes de troupeaux, ses volcans éteints. Je pratique alors avec délices le « vrai cyclotourisme ».

Arrive l’heure du service militaire à Epinal. Plus tard, rappel pour l’Algérie, encore une période noire où la bicyclette ne trouve pas vraiment sa place !

Solitaire, solitaire, ça va bien quelque temps ! Mais partager sa passion, c’est quand même mieux. C’est au cours d’un brevet randonneur que je fais la connaissance des cyclotouristes de la R.A.T.P. Je m’inscris donc dans ce grand club (U.S. Métro), j’y resterai plus de 20 ans. C’était en 1962 et j’entrais donc à la Fédé à cette époque. Avec eux, je fais tous les brevets Audax, ce qui me consacre Aigle d’Or n° 147, promotion 1968.

 

 

Les amis ne manquent pas … Avec le capitaine de route Pierre Kræmer, l’un des plus populaire, surnommé « le Gaulois » à cause de son imposante moustache, voire même « la Gaule » disparu en 1983, parti en solitaire sur les pentes du Ventoux. C’est seulement cette année-là, au cours de la Semaine fédérale,  que j’ai appris quelques détails sur cette disparition pleine de mystères (1).

 

 

 

 

 

 

( 1 ) Se sachant atteint d’un cancer, considéré alors comme incurable, Pierre Kræmer avait décidé de monter une dernière fois le Mont Ventoux, le 2 avril 1983 très exactement, et de se laisser mourir de froid au sommet.

 

  Pierre Kræmer dit « Le Gaulois »

 

C’est alors la France entière qui s’offre à moi : les grands cols (que je préfère), la majesté des sommets, les Semaines fédérales, tous les brevets longue distance : 3 Paris-Brest-Paris ; soit, pour l’instant 56 ans de vélo par tous les temps et des voyages qui m’ont offert l’immense plaisir de rencontrer Jean Ferrat à Antraigues-sur-Volane.

 

En 1963, ma première Semaine fédérale à Saint-Antonin-Noble-Val dans le Tarn (82), réunit 600 participants. Les organisateurs avaient demandé des volontaires pour l’accueil des cyclos. Nous sommes donc redescendus à vélo nous, c’est-à-dire quelques cyclos du club de l’U.S. Métro et de l’U.S. Saint-Denis (93)

Nul ne me reprochera d’être un tantinet nostalgique de cette époque où le nombre de participants permettait à ces rencontres d’être très familiales et conviviales ; mais la foule qui se presse aujourd’hui, si elle engendre une autre ambiance, reste un formidable témoignage de fraternité dans l’effort et l’amour de la nature.

 

Il me souvient à la mémoire trois petites anecdotes du temps passé, anecdotes parmi tant d’autres et je tiens à vous les confier, tant elles sont restées gravées dans mon souvenir.

 

La première qui aurait pu se terminer tragiquement, au cours de mon premier Cerbère-Hendaye (2 septembre 1965).  Conditions météo épouvantables, tempête, neige, pluie, orage me surprennent à Sainte-Marie-de-Campan, route impraticable à 4 km du Tourmalet avec 40 cm de neige. Après cette pénible ascension, vélo sur l’épaule, à 2 h du matin, accueil très rafraîchi d’un hôtelier ne comprenant pas ce que je « foutais » là dans cette galère !

Son voisin plus sympa m’a offert une soupe bien chaude et un bon lit ! De quoi reprendre des forces et ne pas mourir de froid. Le cœur et le corps bien réchauffés.

Le lendemain, descente avec le chasse-neige jusqu’à Luz-Saint-Sauveur d’où je reprenais la route grâce à une météo plus favorable. Contrôle à la gendarmerie d’Argelès-Gazost où j’apprends que je suis à la « une » dans la Dépêche du Midi !

Les cols du Soulor et de l’Aubisque étant fermés, je dévie sur Lourdes pour reprendre le circuit initial. « Miracle !» un soleil généreux est revenu ; je traverse le beau Pays basque que je connais déjà bien : col d’Osquish via Saint-Jean-Pied-de-Port, Hendaye.

Pour réussir un tel circuit, il faut, certes, de bonnes jambes, mais aussi de la persévérance. Et malgré toutes ces péripéties, tout se termine bien et la médaille d’or vint récompenser cette belle aventure.

20 ans plus tard, 2e Cerbères-Hendaye accompagné d’un superbe beau temps. Aucun problème.

 

1964 : réconfort à Serre-Chevalier, après un 600 km

1963 : Pâques en Provence

1965 : arrivée de Paris-Galibier, 600 km Audax

 

Voici donc ma 2e anecdote. C’était un 15 août. Un soir, au val d’Aoste (Italie), au cours de mon 1er tour du mont Blanc, je ne trouve pas à me loger, tout est complet, je me réfugie dans un garage. Le maître des lieux me découvre et je me retrouve quelques instants plus tard devant un bon repas puis conduit dans une chambre et le lendemain matin, petit déjeuner copieux à table avec eux. Je veux bien sûr régler la note mais il n’en est pas question. « Bonne route », me crie toute la famille, tandis que je m’éloigne. Ça ne s’oublie pas !

 

Enfin, ma 3e anecdote, pleine de souvenirs … c’est comme si c’était hier ! En 1976, Semaine fédérale à Valence (Drôme), sponsorisée par R.M.C., célèbre station de radio dont personne n’a oublié la célèbre émission de Zappy Max : « Quitte ou double ». A la fin de cette semaine, nous avons été invités par la famille De Mongolfier dont l’un des descendants directs faisait partie du club de l’U.S. Métro. Le château de famille se trouve à St-Marcel-lès-Annonay où nous avons le privilège de consulter les archives de cette noble famille ; puis nous avons passé la nuit (une bonne vingtaine de cyclos) au château. Merci encore Alban, pour cette journée inoubliable … Quelques années plus tard, participant à la Semaine fédérale de Crest, je passai à St-Marcel où je fus reçu, avec beaucoup de gentillesse, par un frère d’Alban. A mon avis, ce fut un grand tournant par rapport au nombre de participants qui a triplé, voire quadruplé depuis 1963.

 

Ainsi, pendant près de 30 ans, ma fidèle bicyclette me transporte aussi sur mes différents lieux de travail. Et toute cette aventure a débuté par la réussite tant attendue d’un examen oublié aujourd’hui, mais très important à l’époque : « le certif ». Alors, j’ai pu au fil des ans donner forme à mes rêves de km parcourus toujours sur deux roues. Il n’était pas encore question de pollution !

 

Bernard n’a pas fini de parcourir

les routes sinueuses de Dordogne.

Je ne saurais terminer sans rendre hommage à mon épouse : Anne-Marie qui m’a toujours encouragé et aidé, et au sujet de laquelle je signale que, suite à notre mariage en 1966, le voyage de noces que nous avons effectué a eu lieu pour ma part à vélo, accompagné de mon épouse à vélomoteur ! Voyage qui s’est passé dans les Cévennes (mont Aigoual) puis en Lozère, dans l’Aveyron et une partie du Gard.

 

Aujourd’hui la retraite mais pas pour la « petite reine » … C’est sur les jolies routes secondaires de Dordogne et ses départements limitrophes, que la passion continue. La Dordogne est magnifique, et pour un cyclo, c’est un régal. Seuls les marcheurs et les cyclos savent en goûter toutes les merveilles, trésors bien cachés quelquefois … ses châteaux, toute l’histoire de l’Aquitaine inscrite dans sa gastronomie, ses truffes, ses chansons, ses personnages si attachants.

 

Anne-Marie et Bernard en 1967

 

Hommages aussi au 1er président du club U.S. Métro : Robert Chartrain ; à J.-C. Devanneaux, compagnon de nombreux brevets ; également Roger Outrequin, un des présidents d’après guerre, des Audax parisiens et pendant de longues années, président de la ligue Ile-de-France, sans oublier Guy Boissière, président de l’U.A.F. de 1958 à 1981, toujours bon pied bon œil ; hommages de même à Pierre Kræmer  dit « la Gaule », dit « le Gaulois », compagnon de route de nombreux brevets et je ne peux terminer sans penser à notre camarade Michel Monzie dont l’accueil fut si chaleureux lors de mon entrée au C.V.P.

 

A tous, encore merci !

 

 

                                                                                                          Bernard  SCHNEIDER

 

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